textes & photographies par

Jacob Chetrit
 
DEMAIN ÇA IRA MIEUX
textes & photographies parJacob Chetrit


« Demain, ça ira mieux » ne se limite pas à la vie d’une famille rom dans une HLM toulousaine. C’est avant tout un projet sur la famille ou plutôt les familles, pauvres riches, nombreuses ou immigrées… Ces gens ont accepté Jacob dans leur intimité pour parler d’eux mais aussi de nous, du lien familial comme un rempart face à la crise. Plus généralement Jacob pose la question du rôle de la cellule familiale dans la société. Il le fait en prenant le temps de l'immersion et la rencontre.

Ce projet a obtenu le soutien du CNAP dans le cadre de l’aide à la création pour la photographie documentaire contemporaine.





LOCALISATION

 

LOCALISATION

C'EST L'ÉTÉ 19.08.2016

Sam tient sa fille Constance dans ses bras.

Justin m'entraîne pour une partie de foot.

Sam tient sa fille Constance dans ses bras.
Justin m'entraîne pour une partie de foot.

C'est l'été, les enfants courent, sautent, rient et semblent inépuisables. Sam et Rebecca n'ont pas bronzé mais le sourire est revenu. Constance respire mieux, elle dort toujours avec sa machine et prend toujours de la caféine. Sam ne désespère pas de trouver enfin une partenaire pour le café matinal !


Céleste et Justin tentent de battre des records de hauteur sur la balançoire.


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FAMILLE NOMBREUSE +1 18.04.2016


Lydia et Etienne sur le départ pour les Pyrénées.

Comme c'était à prévoir au bout de 9 mois, Rebecca a donné naissance à son septième enfant en décembre. Je n'ai fait la connaissance de Constance que quelques semaines plus tard à l'occasion d'une sortie à la neige en famille. Pour Constance rien n'est simple. Elle semble avoir le même problème que son frère Lucien décédé l'an dernier. Alors elle se bat, les siestes et les nuits sont agitées. Rebecca et Sam sont réveillés au rythme de l'alarme à laquelle Constance est reliée en permanence. Rebecca la quitte rarement du regard. La famille semble s'être résolu à une course de fond, suspendu aux respirations de Constance. Mais comme me le rappelle Sam : « Demain, ça ira mieux. »


Vue depuis le chalet dans les Pyrénées.


Rebecca et sa fille Constance dans le salon.

Être pasteur n'empêche pas une certaine maîtrise de la luge !

Étienne semble rêveur pendant une étude biblique avec sa grand mère.

Être pasteur n'empêche pas une certaine maîtrise de la luge !
Étienne semble rêveur pendant une étude biblique avec sa grand mère.

Constance dans le lit des parents. Elle est constamment reliée à un appareil qui enregistre son rythme cardiaque et sa respiration. L’appareil sonne quand elle cesse de respirer (ce qui arrive en moyenne deux fois par nuit).

A l'occasion d'une sortie avec leur grand mère, les enfants sont fascinés par un cimetière « catholique ».

Rebecca semble apprécier la sortie en plein air, elle commence à peine à se détendre après deux mois d’inquiétudes et de peurs. Néanmoins la fatigue la rattrape vite.

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BAPTÊME 26.02.2016

Samuel s'apprête à baptiser une nouvelle venue dans la communauté.

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NOËL 19.02.2016

Tentative pour flamber la bûche de Noël

Noël chez les Niblack ressemble à n'importe quel autre Noël à ceci près que les cadeaux sont multipliés par 5 ici. Rebecca tentera longuement de convaincre ses enfants de jouer à des jeux « intelligents » sur tablettes et ordinateurs. Difficile un 25 décembre...

Siméon a eu sa première paire de « vrais rollers pour hockey ».

Céleste et son sourire légendaire

Justin redécouvre l'usage de ses jambes après une intense session à vélo.

Céleste et son sourire légendaire
Justin redécouvre l'usage de ses jambes après une intense session à vélo.

Le gang presque au complet.


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UNE HISTOIRE DE NOMBRE 24.12.2015


La famille Niblack est une famille particulière. Plusieurs chiffres correspondent à sa description : on pourrait dire qu'ils ont cinq enfants et en attendent un sixième mais comme la vie peut parfois prendre des tournants dramatiques on peut aussi dire que Rebecca attend son septième enfant. J'ai pris ces photos le 14.12.2015, c'est un jour particulier pour les Niblack, nous sommes à la veille de l'anniversaire de la naissance de Lucien qui est décédé le 21.02.2015. Bien évidemment il m'est totalement impossible d'imaginer ou de concevoir ce qu'implique la perte d'un enfant, on devine le drame, on suppose la tristesse. En tant que photographe je n'ai pas demandé à aller au cimetière, nous n'avons pas beaucoup parlé de ce décès. Qu'aurais-je pu dire, moi un parfait inconnu de la famille ? Alors quand Samuel a initié la visite au cimetière ce matin du 14 décembre, j'ai simplement suivi le mouvement. J'ai écouté les enfants rire, parler, jouer au foot avec les graviers du cimetière. C'était, je pense, leur manière à eux d'encaisser. Ils ont discuté de la manière de fêter l'anniversaire de Lucien le lendemain. Après avoir essuyé les pots de fleurs et vérifié l'état de la tombe nous étions déjà sur le chemin du départ.


Ce fut bref mais ça m'a permis de comprendre que cette famille, que Rebecca, ne sont pas seulement une famille endeuillée ; certes, ils ont perdu un des leurs mais ils ne peuvent être réduits à ce seul événement. Avant le cimetière les enfants faisaient leurs exercices de maths qu'ils ont immédiatement repris une fois de retour. Rebecca n'a pas cessé d'être une mère attentive, ultra efficace ; surveillant nourriture, emplois du temps et éducation de ses enfants. Samuel n'a pas cessé d'être un pasteur luttant vainement contre l'amoncellement de feuilles dans son jardin. Je n'avais jamais évoqué cette tragédie avant ce billet parce que les Niblack ne sont pas que la famille qui a perdu un enfant, ils sont une famille tout simplement avant tout. D'ailleurs la vie à repris son cours aussi vite qu'il s'était arrêté : une des filles (je tairais le nom, les parents lisent!) s'est jetée morte de faim sur le pain avant le repas laissant son frère se faire gentiment accuser. Étienne et Siméon m'ont très calmement expliqué leurs combines pour éviter les tâches ménagères les plus ennuyantes et enfin Rebecca et moi nous sommes plaints des démarcheurs téléphoniques. Demain, ça ira mieux je vous dis !

Lydia planche sur un exercice.

Lydia planche sur un exercice.



Céleste s'amuse pendant que Samuel tente d'enlever les feuilles mortes.


Grand débat pour savoir quel morceau écouter.

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L'ÉCOLE À LA MAISON 04.11.2015
Toulouse.



Chez Rebecca et Samuel, l'école c'est au sous-sol de la maison. Rebecca enseigne à ses cinq enfants à domicile. J'ai tout de suite demandé si il y avait un rapport avec la religion : aucun. Rebecca jongle. De Lydia à Céleste, puis vérifiant les exercices de géométrie de Siméon (qui a 11 ans et pas 12 comme j'ai pu l'écrire dans le précédent billet), tout en contrôlant l'avancée du travail d’Étienne. Sans oublier de sortir et plier le linge de la machine en demandant à son fils : « Qu'est-ce qui a deux côtés opposés parallèles ? ».

Il n'est que 10h30. Une fois la « classe » terminée vient normalement une sortie à l'extérieur qui sera cette fois supprimée à cause du retard pris dans la matinée.

Ensuite c'est lecture sur le gros canapé rouge du salon, démarre alors la bataille pour savoir qui sera à côté de maman pour pouvoir voir les images. Lydia remporte cette manche aux yeux de Céleste. Enfin cette matinée se termine par les activités musicales : Siméon et Lydia au violon, Étienne au piano.

Fin de la classe, Justin remonte rejoindre ses frères et soeurs.


Pendant ce temps là il y a Justin. Il me décroche régulièrement d’immenses sourires, j'essaye alors de me faire plus discret encore de peur de perturber une mécanique efficace mais fragile. Il « étudie » sur un Ipad et suit comme il peut ses frères et soeurs.

Lecture sur le canapé, premiers chapitres du Magicien d'Oz.

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REBECCA ET SAMUEL 16.10.2015
Toulouse.


Lydia souffle sur ses huit bougies.

Samuel est pasteur, sa femme après des études dans le domaine fait l’école à la maison. Ils ont fondé ce qu’on appelle une famille « nombreuse » composée de Lydia, Céleste, Etienne, Simeon, Justin et d’un dernier en chemin. Ce soir c’est justement l’anniversaire de Lydia, alors à 19h45, une fois tout le monde revenu de ses activités : danse, sculpture, hockey, la fête peut commencer pour la toute jeune fille de 8 ans. Je découvre les petites traditions familiales : des bonbons à ne consommer qu’après le salé (règle qui ne sera pas forcement suivie) et l’assiette rouge. L’assiette rouge c’est celle de celui ou celle que l’on célèbre. Après la prière nous pouvons attaquer la pile de fajitas qui nous attendent.

Clou du spectacle : ouverture des cadeaux.

Quand on a 12 ans, ce n’est pas forcément facile de voir toute l’attention concentrée sur sa petite sœur.

clous du spectacle : ouverture des cadeaux.
Quand on a 12 ans, ce n’est pas forcément facile de voir toute l’attention concentrée sur sa petite sœur.

Lydia fait les essayages de la robe qu’elle vient d’avoir pendant que son père éclaire la scène.


La famille m’a accepté plutôt rapidement, c’est la deuxième fois que je mange avec eux mais la première fois que je viens avec un appareil photo. Ils oscillent entre l’oubli qu’un photographe est chez eux et les regards furtifs lancés à ce parfait inconnu qui les photographie. L’anniversaire est un bon moyen de me faire oublier. Une chose est sûre je suis beaucoup moins intéressant que les nombreux cadeaux présents pour Lydia, et c’est tant mieux !

Lydia s’amuse avec sa nouvelle tenue de princesse.

Lydia s’amuse avec sa nouvelle tenue de princesse.
Lydia s’amuse avec sa nouvelle tenue de princesse.

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ALEXANDRE27.05.2015
Sotteville sous le Val.


Terrain d'Alexandre à côté du corps de ferme.

Alexandre est agriculteur, comme son père avant lui. Son père est à la « retraite », ancien employé de Peugeot, du temps de l'usine il cumulait déjà la mécanique et l'agriculture. Maintenant il aide son fils à la ferme. Ils possèdent 180 bêtes. Tous les matins Alexandre et son père vont prendre le café de 9h avec la grand mère.

Alexandre s'occupe d'une partie de ses bêtes.

Le père d'Alexandre nourri les bêtes restées à l'intérieur.

Alexandre s'occupe d'une partie de ses bêtes.
Le père d'Alexandre nourri les bêtes restées à l'intérieur.

La grand mère prépare ses tartines en buvant son café. Mécanique bien huilé, petit déjeuner, café et discussion ne dure pas plus de 20 minutes.

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CITÉ DES SAPINS14.05.2015
Rouen.
Nouvelle ville, nouvelle famille. J'ai rencontré il y a peu Christophe. Il est gardien d'immeuble à la cité des Sapins à Rouen depuis 18 ans. Il a tout de suite accepté le projet. Nous apprenons peu à peu à nous apprivoiser.


Vue de Rouen depuis le cimetière Monumental qui marque l'entrée des Sapins

Christophe en plein travail, il monte et descend les escaliers des immeubles à longueur de journée.

Rue principale pour monter aux Sapins. On l'appelle la Monumentale, elle porte bien son nom.

Christophe en plein travail, il monte et descend les escaliers des immeubles à longueur de journée.
Rue principale pour monter aux Sapins. On l'appelle la Monumentale, elle porte bien son nom.

Christophe mange chez lui chaque midi. Il vit et travaille dans la cité des Sapins.

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HIVER DANS LA YOURTE 26.03.2015

Les plantes sont rentrées dans la yourte, Anne protège comme elle le peut ses plans de tomates. Désormais il fait 4°C dans la serre à la nuit tombée. Tom et Lila se réfugient près du poêle pour lire ou jouer à la console tandis que Pierre doit sans cesse l'alimenter. La température chute très vite une fois le feu éteint. Je ne photographie pas beaucoup lors de mes séjours chez eux. Passé le côté atypique de l'habitat, la vie suit son cours comme partout ailleurs. Les « événements » photographiques sont rares.

Arrivée le samedi matin à Teyssieu.

Pierre attise le feu avant d'aller dormir..

Dimanche matin dans la yourte.

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ANNE 10.11.2014

Anne vit dehors, tout le temps, le plus possible. A chacun de mes séjours je la trouvais toujours au même endroit : enfouie au milieu de son jardin.

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TOM & LILA 06.11.2014

La bande de copains du coin se retrouve chaque année et chacun laisse sa trace dans le refuge éphémère de l’été

Lila est une ado, Tom va bientôt l’être. Grandir dans une yourte ce n’est pas tous les jours évident. A plus forte raison quand vous êtes une fille de 14 ans qui commence à avoir envie d’intimité. « Intimité », ce n’est pas vraiment l’adjectif qui convient le mieux dans une yourte qui ne possède pas de porte et où l’espace de chacun est délimité par des tissus.
Alors si j’ai pu les voir s’éclater dans la nature, construire des cabanes pendant l’été. J’ai été rassuré de voir que la salade aux fleurs avait du mal à passer, que l’ordinateur était source de dispute au même titre que la console. Anne et Pierre me disaient que quand ils étaient plus jeunes cette vie leur allait très bien. En grandissant, assumer le « vivre autrement » n’est pas si facile auprès des camarades de classe. Les parents en ont bien conscience et c’est pour ça qu’ils ne sont pas allés plus en avant dans leur démarche de retour à la nature.

Lila a été plus rapide que son frère pour saisir la console après le repas.

Tom en dehors de la yourte.

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"JE SAIS CE QUE JE MANGE"04.11.2014

Anne s’occupe des tomates dans la serre fabriquée par Pierre.

Anne connaît la terre. Depuis qu’elle est jeune elle sait que c’est avec la terre que sa vie se fera. Elle a commencé dans un des tout premiers jardins bio d’une municipalité de la banlieue parisienne. Maintenant elle cultive pour elle, ses enfants et parce que c’est aussi sa passion. Elle connait beaucoup de plantes (je n’ai pas le droit de dire toutes), sait ce que vous pouvez ou ne pouvez pas manger. Si à l’abri des voitures et d’un travail « standard » le rythme de vie peut paraître différent, élever un potager qui nourrira votre famille été comme hiver demande une grande rigueur, un travail quotidien. Alors les tâches sont partagées : Anne au jardin, Pierre à la mécanique. J’ai fait ces images lors de mon deuxième voyage chez eux. Se faire oublier dans un foyer n’est pas évident. Je leur avais apporté les tirages des images que j’avais prise pendant mon premier séjour. J’avais peur qu’ils ne s’aiment pas, que le début de confiance qui s’amorçait s’arrête net ! Un documentaire se construit pas à pas tout comme la confiance.

Le backgammon est le rituel des fin de repas du week end.

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PREMIÈRE ETAPE DANS LE LOT04.11.2014

Le rythme est différent, les aspirations également. Là bas la ville est sans bruit. Pas de télévision, ni de radio. Le bruit des voitures ne franchit pas les arbres qui entourent le terrain. Anne et Pierre ont fait le choix de vivre différemment, avec leurs enfants. Ils m’ont accueilli pendant 3 jours dans leur yourte enfouie dans le Lot. Ce n’est que le début.

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